installation sonore conversationnelle
technique mixte | surface tactile, hauts parleurs, porcelaine,
ronronnements Le
ronronnement du chat incarne au mieux la notion de
confort domestique, sorte d’illustration sonore du « bien être
chez
soi », un chat sur les genoux que l’on caresse et qui ronronne.
Lorsque l’on analyse le spectre sonore d’un chat, on voit
apparaître principalement des sons très graves, étagés sur de
fréquences de 25
à 50 hertz. Il s’agit de « basses » qui ont une action
directe sur
l’organisme. Des médecins orthopédistes ont utilisé l’action de ces
fréquences
pour consolider des fractures, pour soigner des arthroses aiguës. Avec
pour
résultats publiés, une accélération du processus de cicatrisation, de
création
de tissus nouveaux. En un mot, ces basses fréquences ont une action
anabolisante.
L’idée
est ici de créer un espace permettant de fabriquer soi
même du « confort domestique » en reproduisant le geste de
caresser,
cette fois ci non pas un chat mais une surface tactile, espace
symbolique de la
maison devant s’appréhender comme quelque chose de vivant avec lequel
on
entrerait en conversation. Le ronronnement s’installe ainsi aléatoirement au grès des
caresses des visiteurs.
Des capteurs, logés derrière une toile tendue, détectent les
gestes du
visiteur, ses caresses sur la toile puis les retranscrivent sous forme
d’ondes,
réinterprétées en temps réel par le logiciel Max/msp. Ce dernier permet
de concevoir
des dispositifs sur mesure pour la captation, l’écriture et la
manipulation de
tout matériau créatif contrôlable par ordinateur, ici des piezos.
L’ordinateur
après analyse des données émises par les capteurs affecte à celles-ci
des
intentions, des actions, comme par exemple celle de déclencher un son
puis de
le modifier, ou encore de le spatialiser. Plusieurs facteurs entrent en
compte
comme la durée des caresses ou encore l’intensité du geste modifiant
ainsi les
sons diffusés. La réalisation technique du dispositif de captation a été
réalisée
avec l’aide du GMEA & Virage - Centre National de Création Musicale
d’Albi-Tarn. Comme une jauge de plaisir, plus l’on caresse cette toile,
plus le plaisir s’intensifie et plus les chats se mettent à ronronner. La diffusion provient de six sources distinctes, deux
situées derrière la toile et quatre au niveau des faces verticales du
socle,
créant ainsi deux espaces sonores différents. Sur le socle / enceinte sont déposés 144 chats en
porcelaine
biscuit de Limoges, ordonnés et dressés comme une armée, ils sont prêts
à
ronronner à la moindre caresse sur la toile!
Cette pièce interroge à la fois les rapports que l’on entretient
avec notre
animal de compagnie et l’interdépendance qui se crée entre nous deux,
mais
également la notion de confort, de bien être, et plus particulièrement
le
paradoxe entre une redéfinition qualitative du confort déconnectée de
la
consommation et notre quête continue du bonheur. Le confort domestique est une notion qui entre en lien
direct avec le concept très anglais de home sweet home, sorte de valeur
protestante associée au travail et à l’accumulation
d’ «utilities»,
correspondant à un bien être matériel, incarné ici par cette
accumulation de
chats en porcelaine. L’idée est de montrer le besoin permanent de chacun de se
prémunir des éléments qui vont contre l’agréabilité de la vie, comme
par
exemple la pluie, le froid, la chaleur et du même coup de mettre en
évidence la
surconsommation d’objets propres à ces besoins, incarnée ici par cette
grosse
machine à ronrons. Peut être
oublie-t-on que le confort, le bien être sont totalement dépendants de
ce que
l’on attend, mais aussi de chacun, du moment et ne sont surtout pas
programmables. Et puis, le
confort ne limite-t-il pas la liberté
individuelle par l’incitation à la recherche continue du bonheur ?